Plaidoyer

Harcèlement sexuel: Un frein à l’engagement des jeunes femmes dans le journalisme

Le 18 juillet 2025 par Mamedecine.rw

Le harcèlement sexuel reste très répandu dans le secteur des médias au Rwanda. Cette situation montre qu’il est urgent de mettre en place des mesures de prévention afin d’encourager les jeunes femmes journalistes à exercer leur métier dans un environnement sûr et favorable.

Le vendredi 18 juillet 2025, une rencontre organisée par l’Association des Femmes Journalistes Rwandaises (ARFEM) a réuni des responsables gouvernementaux ainsi que des journalistes hommes et femmes issus de plusieurs médias. Les participants ont échangé sur les moyens de lutter contre le harcèlement sexuel dans le milieu des médias.

Lors de l’ouverture de cette réunion, Jean Bosco Rushingabigwi, responsable du département chargé de la coordination et du suivi du secteur des médias au “Rwanda Governance Board (RGB)”, a expliqué la notion de harcèlement et ses conséquences sur la profession journalistique.

Jean Bosco Rushingabigwi, Responsable du département chargé de la coordination et du suivi du secteur des médias au “Rwanda Governance Board (RGB)

« Lorsqu’une personne est confrontée à des comportements qu’elle n’accepte pas, il s’agit de harcèlement. Le harcèlement sexuel est l’une des causes qui empêchent le journalisme d’être pleinement productif. Comme tout travailleur, les journalistes ont eux aussi droit à un environnement de travail sûr », a déclaré Rushingabigwi.

Après les témoignages de plusieurs femmes journalistes victimes de harcèlement, les participants ont proposé différentes solutions pour combattre ce phénomène. Parmi les recommandations figurait la mise en place d’un programme de mentorat destiné aux futures journalistes.

Albert Bauduin Twizeyimana, coordinateur exécutif de Pax Press, a proposé qu’un système de mentorat soit instauré pour les étudiantes en journalisme à l’université. Chaque étudiante pourrait ainsi être accompagnée par un mentor chargé de la guider et de la soutenir pendant son stage professionnel.

« Le harcèlement sexuel est un véritable fléau dans le journalisme. Des séances régulières de sensibilisation dans les rédactions sont nécessaires afin que chaque journaliste comprenne ce qu’est le harcèlement et sache l’identifier, car certaines personnes en sont victimes sans même s’en rendre compte », a expliqué Twizeyimana.

Dans son discours d’ouverture, Doreen Umutesi, Vice-Présidente de l’ARFEM, a indiqué que le harcèlement sexuel est une réalité dans le secteur des médias. Elle s’est appuyée sur les résultats d’une enquête menée dans plusieurs organes de presse.

                                         Doreen Umutesi, Vice-Présidente de l’ARFEM

« En tant que professionnels des médias, nous avons la responsabilité de mettre en place des règles claires pour prévenir ce problème et trouver des solutions durables. L’objectif est de permettre aux futures générations de journalistes de travailler dans un environnement sain », a déclaré Umutesi.

Une étude réalisée en novembre 2024 par la Synergie des Associations des Femmes dans les Médias au Rwanda auprès de 40 organes de presse a révélé que 62 % des médias disposent d’une politique liée au genre. Toutefois, seulement 10 % des employés connaissent cette politique, tandis que 90 % ignorent même son existence.

L’étude montre également que 71 % des médias affirment avoir une politique de lutte contre le harcèlement sexuel. Pourtant, seuls 13 % ont déjà documenté des cas de harcèlement, et plus de 60 % n’ont jamais évalué l’efficacité de leurs mesures.

De son côté, Emmanuel Habumuremyi, secrétaire exécutif de l’Association Rwandaise des Journalistes (ARJ), a insisté sur la responsabilité de chacun dans la lutte contre le harcèlement sexuel dans les médias.

Emmanuel Habumuremyi, Secrétaire Exécutif de l’Association Rwandaise des Journalistes (ARJ)

« Les échanges d’aujourd’hui montrent que les formations sur le harcèlement sexuel sont indispensables pour renforcer la sensibilisation. L’ARFEM et ses partenaires doivent continuer à travailler sur cette question. Mettre en place des politiques sans les appliquer ne résout rien. Les auteurs de ces actes doivent être dénoncés et tenus responsables », a souligné Habumuremyi.

Selon l’Enquête Démographique et de Santé du Rwanda réalisée par l’Institut National de la Statistique du Rwanda (NISR) entre 2019 et 2020, 37 % des femmes et des filles âgées de 15 à 49 ans ont subi des violences physiques, sexuelles ou psychologiques. Chez les hommes, cette proportion est de 30 %.

Fulgencie Mukamusoni

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